Traumatisme enfant : reconnaître les signes, agir et s’en libérer

Jerôme Lagleyre • 8 février 2024

Votre enfant a vécu un événement difficile. Ou son comportement a changé sans que vous compreniez pourquoi. Il dort mal, se met en colère, se replie sur lui. Vous vous demandez s’il s’agit d’un traumatisme enfant, et surtout comment l’aider.



Je suis Jérôme Lagleyre, thérapeute à Muret. J’accompagne des enfants, des adolescents et leurs familles. J’accompagne aussi des adultes qui portent encore une blessure d’enfance.


Cet article vous aide à repérer les signes, à réagir au bon moment et à savoir vers qui vous tourner.


L’essentiel en 5 points

  • Un traumatisme chez l’enfant naît d’un événement qui dépasse ses capacités à y faire face. Il peut être unique ou répété.
  • Les signes varient selon l’âge : sommeil perturbé, régression, colère, repli, peurs nouvelles, difficultés d’apprentissage.
  • Votre rôle de parent compte beaucoup : sécurité, routine, écoute sans forcer la parole.
  • Il faut consulter si les troubles durent, s’aggravent ou gênent la vie de l’enfant. En cas de danger, appelez le 119.
  • Un traumatisme d’enfance non soigné peut peser à l’âge adulte. Il n’est jamais trop tard pour s’en libérer.


Qu’est-ce qu’un traumatisme chez l’enfant ?

Un événement qui dépasse les capacités de l’enfant

Un traumatisme psychique, ou psychotraumatisme, est une blessure émotionnelle. Elle survient quand un événement submerge les ressources de l’enfant. Il se sent en danger, impuissant, sans pouvoir fuir ni comprendre. Les enfants, comme les adultes, peuvent être victimes de ces expériences traumatiques.


Ce n’est pas la gravité « objective » de l’événement qui compte seule. C’est la façon dont l’enfant l’a vécu. Deux frères peuvent traverser la même situation. L’un s’en remettra vite, l’autre restera marqué.


Le jeune âge rend l’enfant plus vulnérable. Son cerveau et ses émotions sont en plein développement. Il dépend aussi des adultes pour se sentir en sécurité.


Traumatisme ponctuel ou traumatisme complexe : quelle différence ?

Les professionnels distinguent deux grandes formes.


Le traumatisme ponctuel fait suite à un événement unique et soudain. Un accident, une agression ou un décès brutal en sont des exemples.


Le traumatisme complexe résulte de situations répétées dans la durée. Il survient souvent dans l’environnement proche de l’enfant : maltraitance, négligence, violences dans la famille. L’enfant ne peut pas s’en protéger, car le danger vient de ceux qui devraient le protéger.



Cette distinction compte pour la prise en charge. Un traumatisme complexe touche plus profondément la confiance et le développement. Ses conséquences sont souvent plus profondes, car elles s’installent au fil des années. Il demande en général un accompagnement plus long.

Les événements à l’origine des traumatismes infantiles

Les événements soudains

Certains événements arrivent sans prévenir et bouleversent l’enfant :

  • un accident de la route ou domestique ;
  • une catastrophe naturelle, un incendie ;
  • des attaques de chiens ;
  • le décès brutal d’un parent, d’un membre de la famille ou d’un ami ;
  • une agression physique ;
  • une hospitalisation ou un soin médical vécu comme effrayant.


Un enfant peut aussi être traumatisé en étant simplement témoin. Assister à des actes de violence entre adultes peut le marquer autant que les subir.


Les situations qui se répètent

D’autres traumatismes s’installent dans le temps :

  • la maltraitance des enfants, physique ou psychologique ;
  • la violence intrafamiliale, y compris entre les parents ;
  • les abus sexuels ;
  • la négligence affective ou matérielle ;
  • l’abandon d’enfant ou les ruptures répétées de lien ;
  • le harcèlement scolaire.


Toute forme de violence répétée laisse des traces. Même sans coups, des humiliations quotidiennes peuvent blesser durablement. Les enfants victimes de ces violences en parlent rarement d’eux-mêmes. Ils ont souvent peur, honte, ou pensent que c’est normal.


La séparation des parents mérite une nuance. Elle n’est pas un traumatisme en soi. Beaucoup d’enfants de parents séparés la traversent sans séquelles. Elle peut en revanche le devenir si elle s’accompagne de conflits violents ou d’une perte de lien brutale.


Facteurs de risque et facteurs de protection

Plusieurs éléments augmentent le risque qu’un événement devienne traumatique :

  • le jeune âge de l’enfant ;
  • des antécédents de traumatismes ou de difficultés émotionnelles ;
  • un événement qui dure ou se répète ;
  • un entourage lui-même en détresse ;
  • l’absence d’adulte à qui parler.


À l’inverse, certains facteurs protègent l’enfant. Le premier est le soutien familial. Un adulte calme, présent et fiable change beaucoup de choses. Ce peut être la mère, le père, un grand-parent ou un autre proche. La stabilité du quotidien et un entourage bienveillant jouent aussi un rôle de protection.

Signes de souffrance infantile : les repérer selon l’âge

Un enfant exprime rarement sa souffrance avec des mots. Il la montre par son corps, son humeur et son comportement. Les signes de souffrance infantile dépendent beaucoup de son âge. Ces manifestations sont souvent les premiers indices d’un événement traumatisant.

Âge Signes possibles
Bébés (0-2 ans) Pleurs inhabituels, troubles du sommeil, troubles de l’alimentation, sursauts, difficulté à être consolé, retrait.
3-6 ans Régression (pipi au lit, langage de bébé), peur d’être séparé du parent, cauchemars, accès de colère, jeux qui rejouent l’événement.
6-12 ans Troubles du sommeil, maux de ventre ou de tête, difficultés de concentration et d’apprentissage, irritabilité, isolement, peurs nouvelles.
Adolescents Repli sur soi, colère, manque de confiance, chute des résultats scolaires, conduites à risque, consommation d’alcool ou de drogues, idées noires.

Un seul signe isolé ne suffit pas à conclure. Ce qui doit alerter, c’est un changement net par rapport à son comportement habituel. Ou des signes qui s’installent dans la durée.


Trouble de stress post-traumatique chez l’enfant : quand s’inquiéter ?

Certains enfants développent un trouble de stress post-traumatique (TSPT). Il se reconnaît à plusieurs types de symptômes :

  • les reviviscences : l’enfant revit l’événement en pensée, en cauchemars ou dans ses jeux ;
  • l’évitement : il fuit les lieux, les personnes ou les sujets qui lui rappellent ce qu’il a vécu ;
  • l’hypervigilance : il sursaute facilement, reste sur le qui-vive, dort mal ;
  • les changements d’humeur : tristesse, irritabilité, perte d’intérêt pour ce qu’il aimait.


Ces réactions sont fréquentes dans les jours qui suivent un choc. Les professionnels parlent généralement de TSPT quand elles persistent au-delà d’un mois. Seuls les professionnels de santé peuvent poser ce diagnostic. Le stress post-traumatique de l’enfant peut être pris en charge. Plus l’aide arrive tôt, plus l’enfant a de chances de le surmonter.

Les effets d’un traumatisme sur le développement de l’enfant

Les traumatismes ne touchent pas seulement les émotions du moment. Ils peuvent freiner le développement de l’enfant dans plusieurs domaines.



Les émotions. L’enfant peut avoir du mal à identifier et à réguler ce qu’il ressent. Les colères deviennent plus fortes, les peurs plus envahissantes.

L’apprentissage. Un cerveau en alerte a moins de disponibilité pour apprendre. La concentration et la mémoire en pâtissent souvent.


Le système de croyances. L’enfant peut en tirer des conclusions sur lui-même et sur le monde. « Je ne suis pas en sécurité. » « C’est de ma faute. » « Les adultes ne sont pas fiables. » Ces croyances peuvent l’accompagner longtemps.

Les relations. La confiance dans les autres peut s’abîmer. L’enfant peut devenir méfiant, très dépendant ou au contraire distant.


Le corps. Le stress répété maintient l’organisme en alerte. Le fonctionnement du sommeil, de l’appétit et de la digestion peut en être perturbé. Certains enfants se plaignent souvent de maux de ventre ou de tête sans cause médicale retrouvée.

Ces effets ne sont pas une fatalité. Il est important de le rappeler : les enfants traumatisés peuvent surmonter ce qu’ils ont vécu. Un enfant bien entouré et accompagné garde de grandes capacités de récupération.

Comment aider un enfant après un événement traumatique ?

En tant que parent, vous êtes la première ressource de votre enfant. Voici les gestes qui l’aident le plus au quotidien.

  1. Rétablir la sécurité. Assurez-vous qu’il est à l’abri et dites-le-lui clairement. Il a besoin d’entendre que le danger est passé.
  2. Garder une routine. Repas, coucher, école : les repères habituels le rassurent. Un quotidien prévisible apaise le système nerveux.
  3. Écouter sans forcer. Laissez-le parler s’il en a envie, à son rythme. Ne l’obligez pas à raconter. Le dessin et le jeu sont aussi des façons de s’exprimer.
  4. Nommer et accueillir ses émotions. « Tu as eu très peur, c’est normal. » Évitez de minimiser ou de dramatiser.
  5. Répondre avec des mots simples. Dites la vérité, adaptée à son âge. Les silences inquiètent souvent plus qu’une explication claire.
  6. Limiter l’exposition. Protégez-le des images, des conversations d’adultes et des écrans qui rappellent l’événement.
  7. Prendre soin de vous. Un parent épuisé ou bouleversé a du mal à rassurer. Demander de l’aide pour vous-même aide aussi votre enfant.


Ce qu’il vaut mieux éviter

Avec les meilleures intentions, certains réflexes peuvent freiner l’apaisement de l’enfant :

  • Lui demander de raconter encore et encore. Répéter le récit peut raviver la peur au lieu de la calmer.
  • Minimiser. « Ce n’est rien, n’y pense plus » peut lui faire croire que ses émotions sont interdites.
  • Le punir pour des comportements liés au choc. Une régression ou une colère est souvent un signal de détresse, pas un caprice.
  • Tout changer d’un coup. Déménagement, nouvelle école, nouveau mode de garde : si c’est possible, mieux vaut étaler ces changements.
  • Parler de l’événement devant lui entre adultes. Il entend et comprend souvent plus qu’on ne le pense.



Chaque enfant réagit à sa manière à ces expériences. Ce qui compte, c’est votre présence régulière et votre patience.

Prise en charge : quand consulter et vers qui se tourner ?

Les situations d’urgence

Certaines situations demandent d’agir tout de suite.

  • Enfant en danger ou maltraitance soupçonnée : appelez le 119, « Allô enfance en danger ». Le numéro est gratuit et accessible 24 h/24.
  • Urgence médicale : appelez le 15 (SAMU) ou le 112.
  • Danger immédiat ou infraction en cours : appelez le 17 (police ou gendarmerie).


Si votre enfant exprime des idées noires, consultez sans attendre un médecin ou un service d’urgence.


Le diagnostic : vers quel professionnel aller ?

Hors urgence, il est utile de consulter si les troubles durent plusieurs semaines. Ou s’ils perturbent le sommeil, l’école ou la vie de famille.

Professionnel Quand s’adresser à lui
Médecin traitant ou pédiatre Premier interlocuteur. Il fait le point, élimine une cause physique et oriente.
Pédopsychiatre ou psychiatre Pour poser un diagnostic, évaluer un TSPT ou un trouble associé, prescrire si besoin.
Psychologue Pour un bilan et un accompagnement psychologique régulier de l’enfant.
Thérapeute (thérapie brève, hypnose) En complément, pour apaiser les symptômes et aider l’enfant et sa famille à retrouver un équilibre.

Ces professionnels du soin travaillent souvent ensemble. Les soins peuvent combiner plusieurs approches selon les besoins de l’enfant. Dans les situations complexes, une prise en charge à plusieurs est la plus adaptée.


L’accompagnement psychologique d’un enfant : comment ça se passe ?

Beaucoup de parents redoutent de « faire parler » leur enfant de ce qui l’a blessé. Rassurez-vous : un bon accompagnement ne force jamais.


Dans mon cabinet, la première séance se passe d’abord avec le ou les parents. Je cherche à comprendre l’histoire de l’enfant, ses symptômes et votre quotidien. Puis je rencontre l’enfant, à son rythme, avec des outils adaptés à son âge.


Avec les plus jeunes, on passe beaucoup par le jeu, le dessin et les histoires. L’hypnose avec les enfants est très naturelle : ils entrent facilement dans l’imaginaire. On peut ainsi créer un « lieu sûr », apprivoiser une peur ou retrouver un sommeil apaisé.

La place du parent est essentielle. Je vous donne des repères concrets pour la maison. Souvent, de petits changements dans la façon de réagir ont un grand effet sur l’enfant.


L’hypnose et la thérapie brève ne remplacent pas un suivi médical. Elles s’inscrivent à côté, quand c’est utile.

Traumatisme d’enfance : quels effets à l’âge adulte ?

Les traces d’un traumatisme qui n’a pas été soigné

Certaines blessures d’enfance ne se referment pas seules. Elles peuvent ressurgir des années plus tard, parfois sans lien apparent avec le passé.



À l’âge adulte, cela peut prendre plusieurs formes :

  • une anxiété chronique ou des crises d’angoisse ;
  • des troubles du sommeil et des cauchemars ;
  • une faible estime de soi, un manque de confiance ;
  • des difficultés dans les relations amoureuses ou amicales ;
  • des réactions émotionnelles disproportionnées, des accès de colère ;
  • des symptômes de stress post-traumatique.


Ces difficultés ne sont pas une faiblesse. Elles montrent que l’expérience vécue enfant n’a pas pu être digérée. Le corps et l’esprit continuent de se protéger d’un danger qui n’existe plus. Ce processus de protection, utile autrefois, devient un frein à l’âge adulte.


L’hypnose pour un traumatisme d’enfance

L’hypnose peut aider à se libérer de ces blessures anciennes. Elle permet de revisiter les souvenirs douloureux à distance, sans les revivre avec la même intensité.


En séance, vous restez conscient et en contrôle. L’objectif n’est pas d’effacer le passé. Il s’agit de diminuer la charge émotionnelle attachée au souvenir. Il s’agit aussi de transformer les croyances forgées dans l’enfance.

Je pratique l’hypnose ericksonienne et la Psychothérapie du Trauma Réassociative (PTR). Pour en savoir plus sur cette approche, consultez ma page hypnose et traumatisme à Muret.


L’hypnose ne convient pas à toutes les situations. Elle n’est pas indiquée, par exemple, en cas de troubles psychotiques non stabilisés. Elle ne remplace pas un traitement en cours.

Parent et blessé dans son enfance : ne pas transmettre sa blessure

Il arrive qu’un parent se reconnaisse dans cet article. Pas pour son enfant, mais pour lui-même.



Avoir vécu un traumatisme dans l’enfance ne fait pas de vous un mauvais parent. En revanche, une blessure non soignée peut se réveiller au contact de son propre enfant. Un cri, une colère, une situation peut raviver d’anciennes émotions. On réagit alors plus fort qu’on ne le voudrait.


Prendre soin de votre histoire est aussi un cadeau pour votre enfant. Vous pourrez répondre à ses besoins avec plus de calme et de disponibilité. Si vous vous sentez dépassé, découvrez mon accompagnement de la souffrance parentale.

Questions fréquentes

  • Un enfant peut-il oublier un traumatisme ?

    Un jeune enfant peut ne pas en garder de souvenir conscient. Mais son corps et ses émotions peuvent en garder la trace. Cela peut se manifester plus tard par des peurs ou des réactions difficiles à expliquer.

  • La séparation des parents est-elle un traumatisme ?

    Pas en soi. La plupart des enfants s’adaptent avec le temps. Elle peut devenir traumatique si elle s’accompagne de conflits violents, de ruptures de lien ou d’un sentiment d’abandon.


  • Faut-il prévenir l’école ?

    Oui, en général, c’est utile. Les enseignants peuvent alors comprendre une baisse de concentration ou un changement de comportement. Ils pourront aussi vous signaler ce qu’ils observent. Vous choisissez ce que vous partagez : l’essentiel est qu’ils sachent que l’enfant traverse une période difficile.


  • À partir de quel âge un enfant peut-il consulter ?

    Il n’y a pas d’âge minimum. Pour les tout-petits, le travail passe surtout par les parents. Dès que l’enfant peut jouer et échanger, il peut être accompagné directement, avec des outils adaptés. En cas de besoin, n’hésitez pas à demander conseil à votre médecin.

Conclusion : agir tôt pour protéger votre enfant

Un traumatisme enfant n’est pas une fatalité. Repérer les signes, rassurer et consulter au bon moment change beaucoup de choses. Plus l’accompagnement arrive tôt, plus l’enfant retrouve vite un sentiment de sécurité.



Et si c’est votre propre enfance qui pèse encore aujourd’hui, il n’est jamais trop tard pour vous en libérer.


Fort de plus de 23 ans d’expérience en hypnose ericksonienne et en thérapie brève, j’accompagne enfants, adolescents, adultes et familles. Je vous reçois à mon cabinet de Muret (31600) ou en visioconférence partout en France.


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